Soins de santé

Des propos de Bill Gates qui sont déformés depuis 2010

Publié le 25.11.2022, 15:41 (CET)

Bill Gates aurait fait part du besoin d'instaurer des « panels de la mort », qui seraient chargés de décider de l'avenir d'un patient en fin de vie. Ce n'est pourtant pas ce qu'a dit le milliardaire.

Le fondateur de Microsoft et milliardaire américain Bill Gates aurait profité de sa venue au dernier sommet du G20 à Bali, en Indonésie, pour lancer un débat sur la question des « panels de la mort ». À en croire des publications relayées sur les réseaux sociaux, il aurait ainsi évoqué la nécessité dans un avenir proche de mettre en place ce type de groupes de réflexion. Ceux-ci seraient chargés de décider s’il faut procéder ou non à l’euthanasie d’un patient en fin de vie, afin de réduire le coût des frais médicaux.

Évaluation

Bill Gates n’a pas pris la parole lors du dernier G20 à Bali. Ce dernier se trouvait en Afrique au moment du sommet. Ses déclarations au sujet des « panels de la mort » trouvent leur origine dans une interview tournée il y a 12 ans, qui ont ensuite été sorties de leur contexte. Il n’a pas déclaré que l’instauration de tels panels serait bientôt nécessaire.

Faits

Tout d’abord, Bill Gates n’était pas présent au G20, qui rassemble chaque année les dirigeants des grandes économies mondiales. L’édition 2022 s’est tenue à Bali les 15 et 16 novembre. À ces dates, Bill Gates se trouvait au Kenya, comme l’a démontré la dpa dans un autre fact-check.

Mais alors, d’où viennent les propos attribués au milliardaire ? On entend Bill Gates prononcer les mots « death panels » (« panels de la mort » en français, parfois traduits à tort par « panneaux ») dans plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux depuis la mi-novembre 2022, comme ici sur Twitter.

Le fond orange devant lequel Bill Gates est assis montre qu’il ne se trouvait pas à Bali lorsque la vidéo a été enregistrée. On distingue en effet les mots « Atlantic » et « The Aspen Institute ». Le fond utilisé lors du G20 était différent - rouge ou violet, avec la mention G20 bien visible.

Dans cette vidéo, Bill Gates évoque le dilemme qui touche aux frais médicaux d’un patient en fin de vie. Il pose notamment la question de savoir s’il serait par exemple préférable d’utiliser « le million de dollars » dépensé au cours des trois derniers mois de la vie d’un malade pour éviter à la place le licenciement de dix enseignants. « Mais c'est ce qu'on appelle le panel de la mort, et vous n'êtes pas censé avoir cette discussion », conclut-il.

On retrouve ces propos dans une interview plus longue diffusée sur YouTube par la chaîne FORA.tv en septembre 2010. Elle a été tournée à l’occasion de l’Aspen Ideas Festival, qui s’est déroulé cette année-là en juillet dans la ville américaine d’Aspen. La version complète de l’interview a été publiée à l’époque par l'Institut Aspen, qui a développé le festival.

Bill Gates est interrogé par Walter Isaacson, alors directeur de l'Institut Aspen. L’un des sujets abordés concerne l’impact qu’a le budget alloué aux frais médicaux sur le système éducatif aux États-Unis. Le milliardaire explique qu’une grande partie du produit intérieur brut (PIB) américain est dépensé dans les soins de santé. Cela signifie que d’autres secteurs, comme l’enseignement, doivent plus se serrer la ceinture. « C'est un compromis que la société fait », déclare le philanthrope.

À aucun moment Bill Gates ne dit que l’instauration de « panels de la mort » sera bientôt nécessaire. Il donne juste un exemple pour illustrer une discussion qui crée la controverse.

Les « panels de la mort », c’est quoi ?

Le concept des « panels de la mort » n’a pas été inventé par Bill Gates. Ce dernier fait référence à un débat qui avait animé les États-Unis un an plus tôt, en 2009. À l'époque, des projets de loi avaient été déposés dans le cadre de l'Obamacare, qui prévoyait que chaque Américain dispose d'une assurance maladie.

L'un de ces projets de loi mentionnait l’idée de mettre de l'argent à la disposition des médecins afin qu’ils puissent mener des entretiens consultatifs sur l'euthanasie des patients qui en feraient volontairement la demande. Le but était de rendre ce processus plus humain.

Cette proposition n'a finalement jamais été incluse dans la loi Obamacare. Mais elle a été déformée par des détracteurs du projet, qui ont accusé le gouvernement de vouloir euthanasier les personnes âgées ou gravement malades. Dans un post Facebook, la républicaine Sarah Palin a ainsi parlé des « panels de la mort ». Elle y affirme qu'à travers ces panels, des bureaucrates détermineraient qui aurait le droit de recevoir des soins de santé. Le concept était né.

Pourtant, aucun projet de loi à l'époque n'envisageait une telle ingérence de l'État dans la vie de ses citoyens. L’organisation de fact-checking américaine PolitiFact avait même qualifié ces « panels de la mort » de mensonge de l’année 2009.

(Situation au 25.11.2022)

Liens

Publication Facebook 1/2 (version archivée)

Publication Facebook 2/2 (version archivée)

À propos du G20 (version archivée)

Fact-check de la dpa

Vidéo sur Twitter (tweet archivé - vidéo archivée)

Fond du G20 à Bali 1/2 (version archivée)

Fond du G20 à Bali 2/2 (version archivée)

Vidéo de FORA.tv (version archivée - vidéo archivée)

Aspen Ideas Festival 2010 (version archivée)

Vidéo de l'Institut Aspen (version archivée)

Walter Isaacson (version archivée)

Reportage d'AP sur les « panels de la mort » (version archivée - vidéo archivée)

Obamacare 2010 (version archivée)

Sur le projet de loi (version archivée)

Publication de Sarah Palin - modifiée en mars 2021 (version archivée)

PolitiFact - Mensonge de l'année 2009 (version archivée)

À propos des fact-checks de la dpa

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